Sonnet (III)

Pierre de Ronsard

Poésies diverses — 1587

Donne-moi tes présents en ces jours que la brume Fait les plus courts de l'an, ou, de ton rameau teint Dans le ruisseau d'oubli, dessus mon front épreint, Endors mes pauvres yeux, mes gouttes et mon rhume. Miséricorde, ô Dieu ! ô Dieu, ne me consume A faute de dormir ! plutôt sois-je contraint De me voir par la peste ou par la fièvre éteint, Qui mon sang desséché dans mes veines allume. Heureux, cent fois heureux, animaux qui dormez Demi an en vos trous, sous la terre enfermés, Sans manger du pavot qui tous les sens assomme. J'en ai mangé, j'ai bu de son just oublieux, En salade, cuit, cru et toutefois le somme Ne vient par sa froideur s'asseoir dessus mes yeux.