Liberté, égalité, fraternité . VI: Le Grand Siècle

Victor Hugo

Les Chansons des rues et des bois — 1865

Ce siècle a la forme D’un monstrueux char. Sa croissance énorme Sous un nain césar, Son air de prodige, Sa gloire qui ment, Mêlent le vertige À l’écrasement. Louvois pour ministre, Scarron pour griffon, C’est un chant sinistre Sur un air bouffon. Sur sa double roue Le grand char descend ; L’une est dans la boue, L’autre est dans le sang. La mort au carrosse Attelle, — où va-t-il ? — Lavrillière atroce, Roquelaure vil. Comme un geai dans l’arbre, Le roi s’y tient fier ; Son cœur est de marbre, Son ventre est de chair. On a pour sa nuque Et son front vermeil Fait une perruque Avec le soleil. Il règne et végète, Effrayant zéro Sur qui se projette L’ombre du bourreau. Ce trône est la tombe ; Et sur le pavé Quelque chose en tombe Qu’on n’a point lavé.