Les soirs ! voici les soirs de pourpre, évocateurs

Émile Verhaeren

Les Bords de la route — 1895

Les soirs ! voici les soirs de pourpre, évocateurs De carnages et de victoires, Quand se hèlent dans les mémoires Les clairons fabuleux et les buccins menteurs. Et regardez ! Dans la mobile obscurité D’une salle immense, personne. Un bourdon sonne, À travers l’ombre rouge, avec mordacité ! Contre des murs de nuit, de grands soleils, Soudain arborent des trophées ; Les colonnes sont attifées De cartouches soyeux et de lauriers vermeils. L’orgueil des étendards coiffés d’alérions Vaguement remue et flamboie ; Un bas relief se creuse et se déploie Où le granit se crispe en mufles de lions. Un bruit de pas guerriers multiplié s’entend Derrière un grand rideau livide : Un trône est là, sanglant et vide… Et le silence brusque et volontaire attend. Mon rêve, enfermons-nous dans ces choses lointaines, Comme en de tragiques tombeaux, Grands de métaux et de flambeaux Et de faisceaux tendus sous des lances hautaines.