À la Vicomtesse d’Auchy

François de Malherbe

Œuvres poétiques — 1630

Beauté de qui la grâce étonne la nature, Il faut donc que je cède à l’injure du sort, Que je vous abandonne, et, loin de votre port, M’en aille, au gré du vent, suivre mon avanture ! Il n’est ennuy si grand que celuy que j’endure ; Et la seule raison qui m’empesche la mort, C’est la doute que j’ay que ce dernier effort Ne sust mal employé pour une ame si dure. Caliste, où pensez-vous ? qu’avez-vous entrepris ? Vous resoudrez-vous point à borner ce mépris Qui de ma patience indignement se joue ? Mais, ô de mon erreur l’étrange nouveauté ! Je vous souhaitte douce, et toutesfois j’avouë Que je doy mon salut à vostre cruauté.