Ave, Dea; moriturus te salutat

Victor Hugo

Toute la lyre

La mort et la beauté sont deux choses profondes Qui contiennent tant d’ombre et d’azur qu’on dirait Deux sœurs également terribles et fécondes Ayant la même énigme et le même secret ; Ô femmes, voix, regards, cheveux noirs, tresses blondes, Brillez, je meurs ! ayez l’éclat, l’amour, l’attrait, Ô perles que la mer mêle à ses grandes ondes, O lumineux oiseaux de la sombre forêt ! Judith, nos deux destins sont plus près l’un de l’autre Qu’on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre ; Tout le divin abîme apparaît dans vos yeux, Et moi, je sens le gouffre étoilé dans mon âme ; Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame, Puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux.