Un feu sans tache

Paul Éluard

Poésie et vérité 1942 — 1942

La menace sous le ciel rouge Venait d’en bas des mâchoires Des écailles des anneaux D’une chaîne glissante et lourde La vie était distribuée Largement pour que la mort Prît au sérieux le tribut Qu’on lui payait sans compter La mort était le dieu d’amour Et les vainqueurs dans un baiser S’évanouissaient sur leurs victimes La pourriture avait du cœur Et pourtant sous le ciel rouge Sous les appétits de sang Sous la famine lugubre La caverne se ferma La terre utile effaça Les tombes creusées d’avance Les enfants n’eurent plus peur Des profondeurs maternelles Et la bêtise et la démence Et la bassesse firent place À des hommes frères des hommes Ne luttant plus contre la vie À des hommes indestructibles.