Le Rossignol

Rosemonde Gérard

Les Pipeaux — 1889

Quand le Printemps, avec mystère, Va, semant par toute la terre, De ses jolis doigts cajoleurs, Les chants, les parfums et les fleurs ; Quand sonnent les clochettes roses Leurs très égayants carillons, Et qu’autour des premières roses Volent les premiers papillons ; Quand l’amour, comme un voleur, rôde, Tendant ses plus perfides rets, Le rossignol, dans la nuit chaude, Chante au fond des sombres forêts. Susurrant un appel très tendre, Que l’écho redit dans les bois, Son chant, le soir, se fait entendre : Plus doux que le chant d’un hautbois, Il se glisse sous la ramée, Colporteur d’un trouble infini, Et plus d’une oiselle, charmée, Sans regret déserte son nid, Pour mieux entendre les roulades, Les sons perlés, les roucoulades, Les trilles que tient si longtemps Le ténorino du Printemps.