Ballade LXIV

Charles d’Orléans

Poème de la prison

J’ai été de la compaignie Des amoureux moult longuement, Et m’a Amour, dont le mercie, Donné de ses biens largement ; Mais au derrain, ne sais comment, Mon fait est venu au contraire ; Et, à parler ouvertement, Tout est rompu, c’est à refaire. Certes, je ne cuidoye mie Qu’en amer eût tel changement ; Car chacun dit que c’est la vie Où il a plus d’esbatement ; Hélas ! j’ai trouvé autrement ; Car, quant en l’amoureux repaire Cuidoye vivre seurement, Tout est rompu, c’est à reffaire Au fort, en Amour je m’affie Qui m’aidera aucunement, Pour l’amour de sa seigneurie Que j’ai servie loyaument ; N’oncques ne fis, par mon serment, Chose qui lui doive desplaire, Et, non pourtant, estrangement Tout est rompu, c’est à refaire. Amour, ordonnés tellement Que j’aie cause de me taire. Sans plus dire de cueur dolent : Tout est rompu, c’est à reffaire.