Ballade XX (Jeune, gente, plaisant et debonnaire)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Jeune, gente, plaisant et debonnaire, Par un prier qui vaut commandement Chargié m’avez d’une ballade faire ; Si l’ai faicte de cueur joyeusement ; Or la veuillez recevoir doucement. Vous y verrés, s’il vous plaît à la lire. Le mal que j’ai, combien que vrayement J’aymasse mieulx de bouche le vous dire. Votre douceur ma sceu si bien atraire Que tout votre je suis entièrement, Tresdesirant de vous servir et plaire. Mais je seuffre maint doloreux tourment, Quant à mon gré je ne vous vois souvent, Et me desplaist quant me fault vous escrire, Car se faire ce povoit autrement, J’aymasse mieulx de bouche le vous dire. C’est par Dangier, mon cruel adversaire, Qui m’a tenu en ses mains longuement ; En tous mes faits je le trouve contraire, Et plus se rit, quant plus me voit dolent. Se vouloye raconter plainement En cest escript mon ennuyeux martyre, Trop long serait, pource certainement J’aymasse mieuix de bouche le vous dire.