Ballade VII (De jamais n’amer par amours)
Charles d’Orléans
Poème de la prison
De jamais n’amer par amours
J’ai aucunes fois le vouloir,
Pour les ennuyeuses dolours
Qu’il me fault souvent recevoir ;
Mais en la fin, pour dire voir,
Quelque mal que doive porter,
Je vous assure, par ma foi,
Que je n’en sauroye garder
Mon cueur qui est maistre de moi.
Combien qu’ai eu d’estranges tours,
Mais j’ai tout mis à Non Chaloir,
Pensant de recouvrer secours
De Confort ou d’un doux Espoir.
Hélas ! se j’eusse le povoir
D’aucunement hors m’en bouter,
Par le serment qu’à Amours dois,
Jamais n’y lairoye rentrer
Mon cueur qui est maistre de moi.
Car je sais bien que par doulçours
Amour le sait si bien avoir,
Qu’il voudrait ainsi tous les jours
Demourer sans jà s’en mouvoir.
N’il ne veut oir ne savoir
Le mal qu’il me fait endurer ;
Plaisance l’a mis en ce ploy,
Elle fait mal de le m’ôter
Mon cueur qui est maistre de moi.
Il me desplaist d’en tant parler,
Mais, par le Dieu en qui je crois,
Ce fait désir de recouvrer
Mon cueur qui est maistre de moi.