FLEUR D'AuTOMNE

Léocadie Hersent-Penquer

Petite fleur, viens me parler Des beaux jours prêts à s'envoler ! Dis-moi pourquoi, sous les ramées, Les fauvettes sont alarmées ; Et pourquoi les merles rieurs Soint moins gais et moins querelleurs. Dis-moi pourquoi les hirondelles Ont fui vers des rives nouvelles; Et pourquoi les hôtes des bois Sont bien plus craintifs qu'autrefuis. Dis-moi pourquoi ma robe rose Demeure en mon armoire close. Petite fleur, viens me parler Des beaux jours prêts à s'envoler ! * Viens me dire que j'étais belle; Qu'il était jaloux, mais fidèle; Qu'il aimait à lire en mes yeux Tout mon amour et tous mes vœux ; Qu'il était triste en mon absence ; Qu'il tressaillait en ma présence; « Qu'il était fier de mon bonheur, Quand sa main tremblait sur mon cœur ; Qu'il était ivre, et moi ravie Quand son souffle animait ma vie. Petite fleur, viens me parler Des beaux jours prêts à s'envoler! * Dis-moi pourquoi, sous la charmille, Plus de rayon, plus d'œil qui brille. Dis-moi pourquoi, sur le gazon, Plus de fleur d'or, plus de rayon ; Pourquoi, sur la branche qui ploie, Plus de papillon, plus de joie. Pourquoi, même dans un ciel bleu, Plus de lumière et plus de feu. — Hélas ! dit la fleur accablée, Vois! l'ombre étend sur la vallée Les longs plis de son voile noir : C'est que voici venir le soir! Bientôt la neige, sur la plaine, Va mettre un drap de blanche laine, Couvrant tout : fruit mur, arbre vert : C'est que voici venir l'hiver !