Supplique

Lucie Delarue-Mardrus

Horizons — 1904

Où es-tu ?… Tu sais bien que je t’adore au soir, Ô nocturne ! Moi qui ose parfois face à face te voir Sur le visage de la lune. Où es-tu ?… Tu sais bien, ô mobile, ô marine ! Que je t’aime le long des reflets des eaux douces, Et dans la trouble mer tendrement saphirine De mon pays d’herbe et de mousse. Où es-tu ?… Je t’attends partout où il fait noir, Ô très sombre ! Je te cherche en tremblant parmi toutes les ombres, Celles du plein soleil comme celles du soir. Où sont tes yeux ?… Pourquoi les benoites momies, Les pharaonnes d’or restent-elles endormies Au fond des sarcophages peints, Alors qu’épouvantable et belle, tu reviens ? Je te sens ! Je te sais !… Où vais-je aller mourir, Sur quels genoux sacrés, dans quels bras indicibles, Si vainement j’entends tes sanglots et ton rire, Si les dieux, à jamais, demeurent invisibles ?…