Ballade V (Espargniez votre doux attrait)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Espargniez votre doux attrait Et votre gracieux parler, Car Dieu sait les maux qu’ilz ont fait À mon pauvre cueur endurer. Puis que ne voulez m’acorder Ce qui pourrait mes maux guérir, Laissiez moi passer ma meschance, Sans plus me vouloir assaillir Par votre plaisant accointance. Vers Amours faites grant forfait, Je l’ose pour vrai avouer. Quant me ferez d’amoureux trait Et ne me voulez conforter, Je crois que me voulez tuer. Plût à Dieu que peussiez sentir Une fois la dure grevance Que m’avez fait long temps souffrir Par votre plaisant accointance. Hélas ! que vous ai je meffait Par quoi me doyez tourmenter ? Quant mon cueur d’amer se retrait, Tantôt le venez rappeller ; Plaise vous en paix le laissier, Ou lui accordez son désir ; Honte vous est non pas vaillance, D’un loyal cueur ainsi meurdrir Par votre plaisant accointance.