Légendes

Émile Verhaeren

Les Bords de la route — 1895

Les grands soleils cuivrés des suprêmes automnes Tournent éclatamment dans un carnage d’or ; Mon cœur, où les héros des ballades teutones Qui cornaient, par les bois, les marches de la Mort ? Ils passaient par les rocs, les campagnes, les hâvres, Les burgs — et brusquement ils s’écroulaient, vermeils, Saignant leurs jours, saignant leurs cœurs, puis leurs cadavres Passaient dans la légende, ainsi que des soleils. Ils jugeaient bien et peu la vie : une aventure ; Avec un mors d’orgueil, ils lui bridaient les dents ; Ils la mâtaient sous eux comme une âpre monture Et la tenaient broyée en leurs genoux ardents. Ils chevauchaient fougueux et roux — combien d’années ? Crevant leur bête et s’imposant au Sort ; Mon cœur, oh, les héros des ballades fanées, Qui cornaient, par les bois, les marches de la Mort !