Ta figure douce

Francis Jammes

De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir — 1898

Ta figure douce souffrait. Tes larmes que j’ai avalées, petite amie, étaient salées comme une herbe de marée. Elles m’ont mordu la langue… Tu t’en allais tristement prendre l’omnibus lourd et lent, en pleurant que je m’en aille ; et ta bouche sur ma bouche, ta tête faisait des sauts, et tu étais douce en pleurant doucement… Il y a là sur la fenêtre des liserons bleus où il a plu. Ils bougent comme un baiser sur ta fine et douce tête. Tu ne m’as pas ennuyé. Les autres m’ont ennuyé. Mon cœur est triste et ennuyé comme un ange ennuyé. Les mouches volent aux vitres pendant que je pense à toi. Tout est triste comme moi. Tout est triste.