Vœu

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Je voudrais pour tes yeux la plaine Et une forêt verte et rousse, Lointaine Et douce À l’horizon sous un ciel clair, Ou des collines Aux belles lignes Flexibles et lentes et vaporeuses Et qui sembleraient fondre en la douceur de l’air, Ou des collines, Ou la forêt… Je voudrais Que tu entendes, Forte, vaste, profonde et tendre, La grande voix sourde de la mer Qui se lamente Comme l’Amour ; Et, par instant, tout près de toi, Dans l’intervalle, Que tu entendes, Tout près de toi, Une colombe Dans le silence Et faible et douce Comme l’Amour, Un peu dans l’ombre, Que tu entendes Sourdre une source… Je voudrais des fleurs pour tes mains, Et pour tes pas Un petit sentier d’herbe et de sable Qui monte un peu et qui descende Et tourne et semble S’en aller au fond du silence, Un tout petit sentier de sable Où marqueraient un peu tes pas, Nos pas, Ensemble !