Odelette IV

Henri de Régnier

Les Jeux rustiques et divins — 1897

Si j’ai parlé De mon amour, c’est à l’eau lente Qui m’écoute quand je me penche Sur elle ; si j’ai parlé De mon amour, c’est au vent Qui rit et chuchote entre les branches ; Si j’ai parlé de mon amour, c’est à l’oiseau Qui passe et chante Avec le vent ; Si j’ai parlé C’est à l’écho. Si j’ai aimé de grand amour, Triste ou joyeux, Ce sont tes yeux ; Si j’ai aimé de grand amour, Ce fut ta bouche grave et douce, Ce fut ta bouche ; Si j’ai aimé de grand amour, Ce furent ta chair tiède et tes mains fraîches. Et c’est ton ombre que je cherche.