Poètes et poétesses

Catherine Pozzi

Catherine Pozzi (1882-1934) tint un journal pendant quarante ans et ne publia que six poèmes : ils ont suffi à la faire entrer dans les anthologies.

Poétesse et femme de lettres française, fille du chirurgien Samuel Pozzi, figure lettrée des salons parisiens du premier vingtième siècle.

Née à Paris le 13 juillet 1882, elle grandit dans une maison où passent Leconte de Lisle, Alexandre Dumas fils et José-Maria de Heredia. Son père, premier titulaire de la chaire de gynécologie de la faculté de médecine de Paris, est un familier de Clemenceau ; sa mère, Thérèse Loth-Cazalis, est apparentée au poète Henri Cazalis et au peintre Frédéric Bazille. L'enfant est instruite par des précepteurs, étudie le piano auprès de Marie Jaëll, et ouvre à dix ans le journal qu'elle tiendra jusqu'à sa mort.

Sa vie se joue ensuite contre les cadres qu'on lui destinait. Un trimestre à Oxford en 1907, interrompu sous la pression maternelle. Un mariage sans conviction en 1909 avec Édouard Bourdet, futur auteur dramatique à succès, dont naît la même année son fils Claude. La tuberculose, déclarée en 1912, qui ne la quittera plus. L'assassinat de son père par un ancien patient, en 1918. Puis, à trente-sept ans, le baccalauréat passé en candidate libre, et à quarante-cinq ans des études de biologie à la Faculté des sciences — une obstination tardive et méthodique, qui nourrit son essai posthume sur l'âme et le corps.

Elle est l'amie de Rilke, d'Anna de Noailles, de Colette, de Jean Paulhan. De 1920 à 1928, elle vit avec Paul Valéry une liaison tumultueuse dont elle ordonnera la destruction de toute la correspondance. La rupture l'éloigne des salons et la laisse à une solitude qu'elle dit sans ménagement dans son journal.

L'œuvre en vers tient en six pièces, publiées dans la revue Mesures en 1935, quelques mois après sa mort survenue à Paris le 3 décembre 1934. Six poèmes denses, abstraits, où la langue classique sert une pensée toute métaphysique : la dissolution du moi, la survie de l'âme, l'amour comme épreuve de connaissance. C'est peu, et c'est assez pour que « Ave » et « Vale » figurent dans les anthologies aux côtés d'œuvres cent fois plus vastes.

Petit Poème en réunit les six — Ave, Vale, Scopolamine, Nyx, Maya, Nova — soit la totalité de son œuvre poétique, prise sur le volume de 1935.