Poètes et poétesses

Stéphane Mallarmé

Professeur d'anglais toute sa vie, Stéphane Mallarmé (1842-1898) écrivait le soir les vers les plus difficiles du siècle et recevait le mardi.

Foyer du symbolisme, hôte des mardis de la rue de Rome, et l'homme qui fit du blanc de la page une matière.

Il naît à Paris le 18 mars 1842. Devenu professeur d'anglais, il passe sa vie dans les lycées — Tournon dès 1863, Besançon, Avignon, puis Paris, Condorcet et Rollin. Il n'aimera jamais ce métier, et ne le quittera pas.

C'est à Tournon, vers 1866, que se produit ce qu'il appellera sa rencontre avec le Néant : plusieurs années d'un doute où il perd la foi, la facilité, et l'idée qu'un poème puisse simplement dire quelque chose. Il en sort avec un projet dont il ne verra pas le bout, un Livre absolu dont tout le reste ne serait que fragments.

À partir de 1877, on se réunit chez lui rue de Rome, le mardi soir. Passent là Verlaine, Valéry, Gide, Claudel, Whistler, Debussy, et le symbolisme s'y définit moins par un manifeste que par une conversation. Ce qu'il y cherche se lit dans les poèmes : une syntaxe tendue jusqu'à la rupture, où le sens ne se donne pas mais se compose, et où le silence porte autant que le mot. L'Après-midi d'un faune (1876) donnera son prélude à Debussy ; « Le Tombeau d'Edgar Poe », la même année, tient en quatorze vers une définition du métier. Et Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (1897) fait éclater le poème sur la double page, en corps et en blancs, avant tout ce que le siècle suivant croira inventer.

Ses Poésies restent longtemps sans livre : une édition photolithographiée en 1887, à petit nombre, puis l'édition Deman en 1899, posthume. En 1896, à la mort de Verlaine, ses pairs l'élisent Prince des poètes.

Il meurt à Valvins, près de Fontainebleau, le 9 septembre 1898, en demandant qu'on détruise ses papiers. Petit Poème réunit 73 de ses poèmes : les 56 des Poésies, dont « Brise marine », treize poèmes de jeunesse et les quatre premiers publiés, « Apparition » comprise.