Constance de Théis
« La différence n'est pas l'infériorité » : Constance de Théis (1767-1845) a répondu en vers à qui refusait aux femmes le droit d'écrire.
Poétesse, dramaturge et salonnière française, une voix de la Révolution sur la place des femmes dans les lettres.
Elle naît à Nantes le 7 novembre 1767, dans une famille picarde, et reçoit de son père une instruction complète — rare pour une fille de son rang. À dix-huit ans, ses vers paraissent déjà dans l'*Almanach des Muses* ; sa romance « Bouton de rose » se chante longtemps après elle.
Mariée en 1789 au chirurgien Jean-Baptiste Pipelet de Leury, elle signe alors Constance Pipelet — le nom que porte encore le frontispice de 1797, et qui a failli devenir le sien au catalogue.
**En 1797 paraît l'*Épître aux femmes*.** Écouchard-Lebrun venait d'écrire que les femmes devaient inspirer les vers plutôt que les écrire. Elle répond, en trois cents alexandrins, par un raisonnement plutôt que par une plainte : l'inégalité vient de l'éducation et non de la nature, et **« la différence n'est pas l'infériorité »**. Le texte se vend, se dit au Théâtre français, et fait d'elle une figure.
Divorcée, elle épouse en 1803 le prince Joseph de Salm-Reifferscheidt-Dyck, et son salon de la rue du Bac devient l'un des lieux de l'esprit parisien — Humboldt, Talma, La Fayette y passent. Elle publiera encore un roman par lettres, *Vingt-quatre heures d'une femme sensible* (1824), et des *Pensées* (1829) traduites dans toute l'Europe. Elle meurt à Paris le 13 avril 1845.
Petit Poème n'en porte qu'un poème, et c'est celui-là. Ses deux recueils de *Poésies*, parus en 1811 et 1814, ne sont pas transcrits ; l'*Épître* l'est, en entier, depuis la plaquette originale. C'est le seul texte du corpus qui soit à la fois écrit et publié dans le XVIIIe siècle par une femme.