Poètes et poétesses

Gérard de Nerval

Trouvé pendu rue de la Vieille-Lanterne en 1855, Gérard de Nerval (1808-1855) laissait douze sonnets qu'on n'a jamais fini d'élucider.

Traducteur de Goethe, promeneur du Valois et de l'Orient, l'un des premiers à faire du rêve une matière littéraire.

Gérard Labrunie naît à Paris le 22 mai 1808, rue Saint-Martin. Sa mère meurt alors qu'il a deux ans, en suivant l'armée en Silésie ; l'enfant est élevé jusqu'en 1814 dans le Valois, chez un grand-oncle. Ce pays-là ne le quittera plus : c'est celui de Sylvie, et il l'a inventé autant qu'il s'en souvient. À vingt ans, il donne une traduction du Faust de Goethe qui le fait connaître.

Le 25 avril 1833, il rencontre au Théâtre des Variétés l'actrice Jenny Colon. Il l'aime comme on aime une figure, écrit pour elle, se ruine dans une revue de théâtre, et ne l'obtient pas. Elle meurt le 3 juin 1842. Un an plus tôt, le 23 février 1841, il avait fait sa première crise ; le docteur Esprit Blanche le garde de mars à novembre. Il y en aura d'autres.

C'est de l'écart entre ces deux états qu'il tire son œuvre, et c'est ce qui le rend moderne. Il ne décrit pas la folie du dehors : il écrit depuis elle, en tenant les deux bouts. Aurélia, publiée l'année de sa mort, s'ouvre sur l'idée que le rêve est une seconde vie. Les Chimères, douze sonnets parus en 1854 à la suite des Filles du feu, poussent la chose à bout — « Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé » — et forment un texte où le mythe, la biographie et une généalogie inventée tiennent ensemble sans se laisser démêler. Les surréalistes y reconnaîtront un des leurs, et Breton le dira sans détour.

Entre-temps il aura beaucoup marché — l'Égypte à partir du 1er janvier 1843, la Syrie, Constantinople, d'où sort le Voyage en Orient — et beaucoup écrit pour vivre, feuilletons, comptes rendus, livrets d'opéra.

On le trouve pendu au petit matin du 26 janvier 1855, rue de la Vieille-Lanterne, à quarante-six ans ; suicide ou meurtre, la question n'est pas tranchée. Petit Poème réunit 63 de ses poèmes : les 23 des Odelettes, les 13 des Élégies nationales de 1827, Les Chimères au complet, « El desdichado » comprise, les quatre sonnets des Autres Chimères, et quinze poèmes divers.